La Pistis Sophia et la Gnose, aspects de l'ésotérisme chrétien

La Pistis Sophia et la Gnose, aspects de l'ésotérisme chrétien

 


Peu d'ouvrages sont autant ignorés que la Pistis Sophia, et pourtant rares sont ceux qui recèlent autant de profondeur.

Ce texte gnostique du IIIe siècle après Jésus-Christ peut être considéré, par son importance doctrinale et son authenticité, comme l'une des productions majeure de l'ésotérisme chrétien.

Constituée de discours adressés par Jésus à ses disciples, onze ans après sa résurrection, la Pistis Sophia évoque, en effet, les grandes questions métaphysiques relatives à l'origine des âmes, à leur aliénation par les puissances démiurgiques, à la connaissance des mystères en vue de leur libération.


Dominique Viseux, par le présent ouvrage, a cherché à offrir au public, plus qu'un commentaire fastidieux, une synthèse doctrinale, sans se départir toutefois du texte original. Celle-ci présente d'abord le système ontologique et cosmologique de la Pistis Sophia, puis le mythe de la chute et de la rédemption qui forme la principale matière de l'œuvre, enfin la doctrine des états posthumes qui la conclut et qui constitue un véritable "livre des morts" chrétien.

 

Editions Pardès ; Paris, 1988
ISBN 2-86714-053-6
110 pages
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Sommaire :

I. LA PISTIS SOPHIA ET LA GNOSE
II. COMPOSITION DU LIVRE
III. ONTOLOGIE DE LA PISTIS SOPHIA ‑ L'Ineffable et le Premier Mystère  ‑ Le Trésor de Lumière ‑ Les voiles du Trésor de Lumière ‑ Le monde des AEons ‑ Ontologie de la Pistis Sophia.
IV. LE MYSTÈRE DE LA CHUTE ‑ La sortie des Apatôrs  ‑ L'Eden et le mystère du treizième AEon ‑ Les vingt‑quatre Invisibles et la sortie du Plérôme.
V. LA PRODUCTION DES MONDES ‑ La naissance du Démiurge ‑ Les Archons du Destin  ‑ Les Archons de la Sphère ‑ Les Hiérarchies des AEons ‑ L'Arbre du Monde ‑ Les Ténèbres Extérieures ‑ Cosmologie de la Pistis Sophia.
VI. LA FORMATION DES ÂMES ‑ Les concrétions de Sophia ‑ Formation des âmes nouvelles, la triple nature de l'âme ‑ L'apposition des sceaux et la destinée  ‑ La mort et le voyage posthume ‑ La formation des âmes anciennes, la transmigration ‑ La formation des âmes (tableau récapitulatif).
VII. LES LAMENTATIONS DE PISTIS SOPHIA ‑ Les trois premières repentances ‑ Les 4e, 5e et 6e repentances ‑ Les 7e, 8e et 9e repentances ‑ La descente du Sauveur et les dernières lamentations  ‑ La Pitié et la Vérité.
VIII. LA SORTIE DU CHAOS  ‑ La Vierge drapée de lumière  ‑ Le combat de la lumière et des ténèbres  ‑ La remontée des enfers ‑ Correspondance des mystères gnostiques et évangéliques.
IX. LA RESTAURATION FINALE ‑ Le vêtement de lumière ‑ L'épuisement des Archons ‑ Le bouleversement des sphères ‑ La complétion du Plérôme et le jugement des Archons  ‑ La résorption des mondes.
X. LES CONDITIONS POSTHUMES DE L'ÂME  ‑ L'âme individuelle et l'Ame du Monde ‑ Destin des âmes qui n'ont pas reçu les Mystères ‑ Destin des âmes qui ont reçu le mystère du Baptême ‑ Destin des âmes qui ont reçu les petits Mystères ‑ Destin des âmes qui ont reçu les grands Mystères ‑ Nature et condition des âmes damnées ‑ Les voyages et les stations posthumes.

Articles de presse :

Dominique Viseux ne cherche pas à se livrer à un commentaire pédant et pesant sur un ouvrage dont l'origine reste obscure. Il est parfois attribué à l'école valentienne mais comporte des éléments communs aux doctrines de Simon, des Ophites, Pérates et Sethiens, des Barbéliotes et de Basilide. La lecture en est compliquée et on est tout à la fois admiratif et reconnaissant envers Dominique Viseux qui a su en faciliter l’approche.
On ne lira cependant pas La Pistis Sophia et la Gnose, aspects de l'ésotérisme chrétien, sur une jambe, et il faut, à de nombreuses reprises, s'accrocher ferme pour ne pas décrocher. L'objectif ‑ qui est d'offrir une synthèse doctrinale du livre ‑ est atteint. Que le reste chemine en nos âmes. 

A.S. - Présent


Une analyse extrêmement pertinente par Dominique Viseux de ce texte gnostique du IIIème siècle qui demeure l'une des bases essentielles de l'ésotérisme chrétien et que l'on peut considérer comme !e pendant christique des Livres des morts égyptien et tibétain.  

Lyon-Matin

Premières pages :

I - LA PISTIS SOPHIA ET LA GNOSE

Il n’est pas dans notre intention de donner ici un aperçu général de la Gnose. L’ouvrage de H. Leisegang suffit amplement pour éclairer le lecteur non averti sur son histoire et ses principes. Néanmoins, pour replacer la Pistis Sophia dans son contexte d’origine, il est nécessaire de rappeler quelques notions générales.

La Gnose peut être considérée comme un vaste mouvement ésotérique, apparu dans l’Antiquité et se développant avec le christianisme naissant, principalement en Asie mineure et en Égypte (Alexandrie). Ses origines sont très diverses : les doctrines gnostiques puisent leurs matériaux dans les cultures grecque et babylonienne, dans le judaïsme et l’Égypte pharaonique. Toutes sont orientées vers une exégèse mystique et ésotérique des mystères chrétiens. Elles prennent en outre leur substance dans la révélation et s’accompagnent le plus souvent de rites initiatiques pouvant aboutir aux états et visions extatiques.

Du point de vue doctrinal, les systèmes gnostiques présentent une surprenante homogénéité, à travers des formulations très diversifiées. Bien entendu, leur sujet est commun puisqu’il porte toujours sur les questions essentielles de la chute et de la rédemption et en cela, l’esprit est parfaitement sémitique. Mais la Gnose va plus loin que la révélation testamentaire dans le sens où elle remonte aux origines suprêmes de la création et développe toute une métaphysique émanationniste qui transcende les mythes bibliques. Aussi les doctrines gnostiques rejettent-elles la suprématie du Dieu des juifs, allant parfois jusqu’à en faire un dieu jaloux et borné. Pour elles, les problèmes du bien et du mal se traduisent en termes de connaissance (gnose) et d’ignorance.

On devine que les nombreuses écoles gnostiques s’attirèrent rapidement les foudres de la nouvelle église qui voyait dans leurs doctrines une dangereuse hérésie, et dans leurs pratiques un immoralisme allant jusqu’à la débauche et l’orgie. La plus grande partie des documents gnostiques est aujourd’hui perdue et, par une ironie du sort, c’est presque exclusivement par les écrits des Pères de l’Église que nous est parvenu l’essentiel des doctrines. Ceux-ci n’avaient d’autre but que de dénoncer l’hérésie qui menaçait les fondements de l’Église ; aussi leurs exposés des systèmes gnostiques sont-ils teintés de partialité, voire de mépris et d’indignation. C’est donc au travers d’auteurs comme Irénée, Épiphane ou Hippolyte, que nous connaissons les doctrines de Simon, des Ophites, de Basilide ou de Valentin, dont la profondeur et la cohérence sont d’autant plus étonnantes qu’elles transparaissent malgré l’obstacle de la critique.

La Pistis Sophia tient dans ce contexte, une place à part. C’est, à l’exception de quelques autres fragments, le seul exposé doctrinal qui nous soit parvenu presque intégralement. Comme les autres systèmes gnostiques, la Pistis Sophia développe une métaphysique extrêmement complexe, mais, à l’inverse des précédents, elle n’utilise que rarement les écrits vétéro-testamentaires (à l’exception des Psaumes de David) et de ce fait ne se trouve jamais en opposition avec le judaïsme. Malgré une abondante terminologie grecque, elle ne puise pas davantage ses matériaux dans la culture hellénistique, et l’on peut dire à ce titre que la Pistis Sophia est une oeuvre d’inspiration essentiellement chrétienne, malgré la présence de certains éléments doctrinaux, comme la transmigration des âmes, qui pourrait faire préjuger d’une influence grecque ou indo-européenne. En réalité, ces éléments préexistent dans le Nouveau Testament, même s’ils ne restent qu’embryonnaires, et c’est pourquoi on peut parler, à propos de la Pistis Sophia, d’un véritable ésotérisme chrétien, dans la mesure où elle commente d’un point de vue initiatique et métaphysique des données qui, manifestement, ne pouvaient être répandues dans le peuple, sans semer la confusion.

Si donc la Pistis Sophia utilise de nombreux passages des Évangiles et fait de fréquentes allusions à l’Apocalypse de Jean, ainsi que nous l’avons montré dans un précédent ouvrage, il faut cependant admettre que la pensée de l’Égypte pharaonique entre pour une bonne part dans son infrastructure, et c’est peut-être de là qu’elle tient toute sa précision technique, notamment dans la question des états posthumes. Tout en conservant un caractère essentiellement chrétien, son esprit perpétue la grande tradition égyptienne, et une phrase extraite du Livre des morts suffit à identifier Pistis Sophia :

A travers mes nombreuses naissances

Je reste jeune et vigoureuse

Je suis l’âme divine et mystérieuse

Qui autrefois créa les Dieux

Et dont l’essence cachée nourrit les divinités

Du Duat, de l’Amenti et du Ciel (LXIV)

L’origine du livre demeure très obscure. Sa composition pourrait remonter au IIème ou au IIIème siècle ap. J.-C. ; elle est parfois attribuée à l’école valentinienne, mais, comme nous le montrerons ponctuellement, elle possède des éléments communs aux doctrines de Simon, des Ophites, Pérates et Sethiens, des Barbéliotes et de Basilide. Sans parler nécessairement de sources multiples, sa composition n’est donc pas absolument homogène, mais ceci n’infirme en rien la valeur de sa doctrine.

Les difficultés relatives à la lecture de cette oeuvre sont immenses. Peu d’écrits traditionnels sont en effet, à ce point, inaccessibles à un large public. Les premières difficultés que rencontre le lecteur non averti sont d’ordre philologique : le texte est en effet extraordinairement embrouillé dans ses développements ; son style, répétitif et décousu, procède par juxtaposition indéfinie de membres de phrase, faisant souvent perdre le fil du discours. Ce phénomène est probablement dû au fait que le texte a été primitivement écrit en grec puis traduit en copte, langue dans laquelle il nous est parvenu. Cette transposition aurait eu pour effet d’appliquer à une langue synthétique une structure analytique procédant par membres de phrase très brefs, ce qui appesantit considérablement le discours.

Les secondes difficultés sont inhérentes à la traduction elle-même, qui est défectueuse sur de nombreux points, ce qui est certainement imputable au premier traducteur. Les négligences sont fréquentes : omissions de mots et parfois de membres de phrase, accords grammaticaux non respectés, mots employés pour d’autres et aboutissant à des contradictions flagrantes. Enfin, de nombreuses confusions entre les nombres cardinaux et les nombres ordinaux ne sont pas pour simplifier l’intelligence du texte.

La troisième difficulté est d’ordre doctrinal : la Pistis Sophia ne présente pas un système ontologique et cosmologique complet. Elle présuppose des antécédents doctrinaux et s’adresse à des auditeurs avertis. C’est par toute une suite de recoupements méthodiques entre les nombreuses énumérations de lieux et de puissances, avec leurs qualités propres, que l’on peut se faire une idée approximative du système, encore que ces énumérations n’apparaissent pas toujours dans le même ordre ni le même nombre. Ici, les emprunts et les parallèles avec les autres doctrines gnostiques sont d’un grand secours, notamment pour situer l’origine et l’identité de certaines puissances comme Ialdabaôth, Adamas, le Grand Invisible, etc.

Toutes ces difficultés, on le devine, ont de quoi déconcerter. Pourtant, la Pistis Sophia, bien que d’une lecture fastidieuse, ne manque pas de charme. Son style est très rythmé et souvent empreint d’une gravité profonde. Tout en spéculant sur des abstractions métaphysiques, son discours reste proche de la réalité humaine ; ses images sont celles de la douleur et du désir amoureux, son chant est celui du coeur. En cela, elle reste parfaitement dans la tradition gnostique.