Abel et Loïse

Abel et Loïse

L’histoire habille et abîme le mythe. Notre mémoire continue de chanter les amours d’Héloïse et Abélard, sans savoir ce qu’elles furent vraiment ni comment le temps s’en empara pour les modifier, les sublimer ou les tuer tout simplement.

La correspondance factice d’Héloïse et Abélard construit elle-même son propre mythe et l’inscrit dans la pensée religieuse de son temps. Elle explique l’amour, l’embellit, mais l’enferme. La lecture prend fin et la question demeure : qui était Abélard et qui fut la très sage Héloïse ?

Mais que l’on pèse les mots de cet amour volé, jugé, reclus enfin dans les extases officielles de l’Église du temps et l’histoire bascule. Villon lui-même nous aurait-il menti ?

Où est la très sage Héloïse
Qui cloîtrée fut par Abélard,
Celui que tous châtré disent ?
Et qui d’amour fit cette histoire ?

 



L’auteur s’essaye ici à une relecture élémentaire du mythe à partir des maigres vestiges de l’époque, pariant sur l’invraisemblance de la mutilation plusieurs fois attestée, sortant des sentiments convenus. Une autre manière d’aimer et de voir.


Editions Pardès ; Paris, 1990
ISBN 2-86714-079-X
279 pages
En neuf ou occasion, à partir de 9 €
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Articles de presse :

Abel et Loïse, une vieille histoire d’amour revue et corrigée, non sans quelque salutaire impertinence, par Dominique Viseux. Un roman inattendu et savoureux.

Lyon-Matin

Abélard ressuscité...
Dans la grande famille des historiens, il existe un petit clan d’irréductibles qui tiennent tête à la réalité, résistant à l’envahissante exactitude des faits par le jeu d’adresse et d’esprit du roman. De source sûre, Dominique Viseux appartient au clan. Les histoires de cœur de la France l’ont certainement inspiré et des plus beaux battements de ce cœur, d’Aucassin à Nicolette, de Tristan à Yseult, il a choisi les intermittences qui sont le morceau d’anthologie de l’amour courtois : l’histoire exemplaire, belle et malheureuse, d’Héloïse et Abélard.
« Où est la très sage Héloïse/ Qui cloîtrée fut par Abélard,/ Celui que tous châtré disent ?/ Et qui d’amour crut cette histoire ? » Le chant de Villon aura attendu huit siècles avant d’inspirer à son auteur cette libre adaptation. A ce change romanesque, si les deux amants perdent chacun une syllabe de leur nom, Abel lui, ne perd pas toutes ses parties. La mutilation humiliante que Fulbert, l’oncle de Loïse, a fait exécuter pour se venger d’un amour consommé sous son toit, lui laissera le mininum vital de virilité. C’est l’occasion rêvée par Dominique Viseux pour écrire une autre histoire d’amour : celle de Loïse flouée par un homme qui toute sa vie lui cachera son «reste» qui, par le mensonge, mettra à l’abri sa réputation de Maître et lui imposera le voile et la séparation. Comme si l’auteur avait un compte (d’auteur) à régler avec Abelard, il se plaît plutôt à nous ouvrir le cœur de son héroïne. Apparaissent alors les plus belles sensations de son aveuglement. Une histoire simple et osee à suivre dans son sens propre : le divertissement.

Nathalie Battus – Le Magazine Littéraire