La passion du peintre Wann

La passion du peintre Wann


Wann des Aroines, un jeune peintre de la montagne, s'installe dans une ville où règne un intense commerce de l'art. Dès son arrivée, il assiste à l'exécution d'une jeune femme. Troublé, Wann cherche à connaître l'identité de la suppliciée et les raisons de son malheur. D'emblée, il se heurte à un véritable mur du silence. Personne n'a jamais vu d'exécution ! Un mystère enveloppe cette ville dont la raison d'être demeure, au travers de fameux concours de peinture, le respect scrupuleux des règles de l'illusion.

Wann possède une alliée pour percer ce mystère et imposer son talent original : sa femme Titia. La pureté, la sensibilité et surtout l'esprit libre de celle qu'on accuse d'être folle, le guideront dans sa quête pour donner un sens à son oeuvre et pour décrypter celui des évènements qu'il observe.

Peut-être une parcelle de vérité se fera-t-elle jour dans ce gigantesque carnaval où, sous couvert de costumes bigarrés et de masques moqueurs, la foule semble enfin dénoncer le mensonge et l'hypocrisie des marchands de tableaux...

Mais cette vérité qui transparaît au fil des rencontres renforce davantage l'énigme : pourquoi la ville refuse-t-elle de reconnaître ce qui est évident pour Wann des Aroines ? Pourquoi le talent du peintre la dérange-t-elle tant ?

 

 

Editions Régine Deforges ; Paris, 1988
ISBN 2-905538-26-0
219 pages
En neuf ou occasion, à partir de 6 €
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Articles de presse :

Voyage chez les peintres hollandais...
Dominique Viseux est un écrivain étrange. Ses romans ont le charme enlevé du conte et la densité trouble de la parabole, et ses propos se tiennent dans un espace inattendu qui emprunte à l’iconoclaste autant qu’au moraliste.
La voie ardente, son premier roman, avait déjà de quoi surprendre. Dominique Viseux y racontait le parcours initiatique de Pandora, une religieuse qui, entre deux restaurations de fresques, découvrait dans les buissons les mystères de la divinité charnelle. La belle avançait de surprises en attentes sur les chemins épineux du don de soi, ce qui est sans doute une manière d’aller à Dieu. L’affaire, on s’en doute, ne manquait ni de sel ni de charme, remarquablement servie par une plume chaleureuse et sûre.
La passion du peintre Wann procède d’une autre insolence, moins caustique à première vue, mais sans doute plus grave. La question de la vérité remplace ici celle de l’abandon. Wann est un peintre de la montagne qui vient un jour s’établir dans la grande ville où sévit le commerce de l’art et celui des drapiers. L’époque et le lieu demeurent incertains. Les noms - Valbert,Van Düssel - les teinturiers et les drapiers évoquent les villes du nord. L’époque est ancienne mais indéfinie, mais enfin tout fait penser à Rembrandt ou Vermeer. Les concours de peinture se succèdent au fil de l’an. Ils ont chacun leur thèmes, mais tous obéissent aux mêmes règles, non écrites, et qui n’en sont que plus fortes. Le « bon goût », les convenances dictent les canons de la beauté. Un moment, Wann consent à adopter un pseudonyme qui facilite son intégration à ce petit monde. Il a suffisamment de talent pour connaître rapidement le succès et s’accommoderait peut-être des exigences locales si ne le taraudait le souvenir d’une scène épouvantable. A son entrée en ville, Wann assiste à l’exécution d’une jeune fille traînée par un cheval au galop. La ville s’est refermée sur l’événement et nul ne consent à se rappeler l’exécution. Aux questions de Wann ne répondent que l’étonnement et la dénégation. Lentement Wann se fraye un chemin vers la vérité, se dépouillant à mesure qu’il avance des biens, des honneurs et des bonheurs qu’il avait d’abord conquis.
Ce roman, qui sait garder un ton poétique et la saveur de la légèreté, se soucie peu de réalisme. Il ne s’agit pas de critique sociale, il s’agit plutôt de l’art et de la vie. On retrouve dans ce livre le climat fantastique des légendes où le récit sert sans doute une question majeure mais ne cesse pour autant de valoir pour lui-même. Dominique Viseux mélange à plaisir les signes des mythes et des légendes, joue sur les mots et les métaphores et parvient sans effort à nous conduire dans l’atmosphère inquiétante et douce des peintres hollandais. C’est un beau voyage qui aurait pu toutefois prendre le temps de son élan et s’attarder davantage ; on ne s’en lasse pas si vite.

Corinne DESPORTES – Le Magazine littéraire


Un second roman. Enigmatique et beau. Un pays qui n’existe pas mais qui ressemble à une ville peinte par un Florentin de la Renaissance. Une ville où chaque année se déroule un carnaval dont on ne parle jamais le reste de l’année. Un carnaval ? Quel carnaval ? Pas de carnaval ici, on exécute une jeune fille à la façon de Brunehaut. On fait grand cas en revanche d’un concours de peinture annuel et le héros venu de ses montagnes va tenter de remporter la palme. Il va poser des questions. Qu’on laissera sans réponses. Il va épouser la fille d’un notable, Titia, que chacun feint de croire folle et par qui passent tous les fils conducteurs qui pourraient mener à la vérité, si les drôles d’habitants de cette drôle de ville acceptaient cette vérité.
Une gamme de couleurs sourdes et pourtant précieuses. Des scènes étranges, sans lien entre elles, comme sur les volets d’un polyptique. Le peintre a peint sans le savoir, et sans les reconnaître, certains visages de la réalité, certains personnages vrais qu’il ne doit pas identifier. Le châtiment va venir vite, et nous bouleverser, comme s’il ne s’agissait pas de personnages chargés de symboles. Et c’est un miracle que réussissent peu de romanciers qui parviennent mal à fixer la vie dans les mots s’ils suggèrent autre chose que les apparences. Le personnage central de ces tableaux à la manière de Crivelli, de Tura Cossa, c’est Titia, la folle douce et sage. Et le miracle accompli par l’auteur, c’est de nous laisser d’elle un portrait tout de pureté même dans les scènes d’alcôve, où elle demeure, avec dans les bras son enfant mourant, une madone encore enfantine. Un beau livre baroque que je n’espérais pas dans le roman français. On le dirait rêvé par un peintre symboliste belge.

Le Chirurgien de France


Dans une ville d’un pays imaginaire mais qui ressemble à la Hollande de jadis, celle de Rembrandt et de Franz Hals, un peintre descendu de ses montagnes vient tenter sa chance. Son art, qui se veut celui de la vérité, ne s’imposera pas comme il le souhaiterait dans une société qui repose sur le mensonge. Il y a d’abord ce supplice d’une jeune femme auquel il assiste et que personne ne se rappelle... Il y a aussi la folie - selon les gens - d’une épouse devenant en réalité le rayon de lumière dans les ténèbres... Dominique Viseux élabore une fable prenante, aux détours inattendus, qui devrait séduire le lecteur en quête de dépaysement sans exotisme frelaté et de fantastique issu d’une expérience intérieure.

Christian GIUDICELLI – Lire


La Passion du peintre Wann, de Dominique Viseux, est un livre paradoxal. Plus on avance dans le récit, plus on croit récolter d’indices et plus le mystère s’épaissit. Nous sommes ici dans un monde de masques et de miroirs, une sorte de carnaval effrayant où, partout, règne l’illusion. Cependant, la magie et la fascination font leur œuvre dans ce roman qui commence par une phrase sans début. On le découvre à la fin. C’est un livre condamné à perpétuité.

Corine CANOLLE – Impact Médecin