La Citadelle des brumes

La Citadelle des Brumes

 

Au centre d'un campement circulaire, un brasier est allumé. On y jette tant de bois que toute l'eau du ciel ne pourrait l'éteindre. A l'abri sous les auvents, les chevaliers se chauffent, se mettent à l'aise et boivent du vin chaud.
- C'est une tradition chez eux, explique Villaume. La dynastie des Araines a toujours connu des difficultés de succession à cause d'une insuffisance d'héritiers mâles. Ils se marient entre eux depuis qu'on les connaît: l'inceste ne les effraie pas, leur sang devient débile. Autrefois, lorsqu'il y avait surabondance de filles et point de garçons pour les épouser, à l'age nubile, on voyait celles-ci se jeter du haut des remparts et se rompre les os sur les rochers du val, cela pour sauvegarder la race et appeler sur le sang des Araines la clémence du ciel. Il y a six mois, la situation est devenu catastrophique. Le dernier maître du château qui n'avait laissé que des filles, s'est tué en tombant de cheval. La dynastie ne peut survivre; ils ne mêlent pas leur sang.

 

 

Editions Régine Deforges ; Paris, 1988
ISBN 2-905538-31-7
236 pages
En neuf ou occasion, à partir de 4 €
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Articles de presse :

Une histoire brève mais lente ; une écriture dépouillée, rapide et efficace ; la fascination d’un monde étrange auquel on croit tout naturellement ; autant de qualités pour ce roman médiéval de Dominique Viseux. Roman médiéval par son cadre : un château fort admirablement construit, convoité par de puissants voisins qui l’assiègent ; par son thème et ses images : la dame inaccessible, Agdelaine ; le courageux chevalier errant, Benacth ; la vraie brute, Torké le Roux et le félon cupide, le baron Urien ; le faux preux, Villaume. Et le lecteur ne lâchera plus ce récit à la manière celtique qui incarne le rêve et la poésie dans la réalité.
Pourquoi le peuple des Araines refuse-t-il de mêler son sang à celui des étrangers, allant jusqu’à accepter l’inceste royal ? D’où vient la fabuleuse richesse de ces sortes de Cathares aux flèches d’or ? Qu’importe, puisque cela est. Le mythe n’est ni vrai ni faux : il existe, il vit de son déroulement même. Pourtant, il faut un sens profond à l’action des hommes. Mais ce n’est qu’à la fin du roman que le lecteur saura pourquoi Benacth choisit de trahir les Araines, pourquoi Agdelaine la fière accepte sa défaite et sa déchéance. Mais ces raisons-là, il faut les découvrir. Je les tairai donc, vous souhaitant belle quête et bonne lecture.

Yannick PELLETIER – Le Pèlerin Magazine

Dans un pays de pluie et de brouillard, le chevalier Benacth, accompagné de son écuyer Gauthier, avance à la recherche de l’Aventure. Il n’est le vassal d’aucun seigneur, mais lorsqu’il parvient au Fort des Dames, il doit choisir entre Villaume, le « Seigneur sans terre » qui fait le siège du château, et dame Agdelaine, la reine des Araines, une dynastie décadente. Finalement, Benacth opte pour Ie Fort des Dames « afin d’en piller le mystère », tout en sachant la lutte perdue d’avance...
Se joue alors, en un huis clos intense, un drame d’amour, de haine et de mort. Entre Agdelaine et Benacth, les relations sont tendues : leurs noblesses respectives se concilient difficilement et les avances dédaigneuses de la première heurtent la morale du second. Dans le Fort des Dames, le trésor est vide. L’or a été fondu dans le fer des flèches et tuera ceux qui le convoitent. Benacth commence à comprendre le véritable enjeu du siège pour Agdelaine.
Dans cette situation bouchée comme un ciel qui jamais ne laissera réapparaître le soleil, les rencontres de Benacth et Agdelaine demeurent aigres, cruelles. Un jeu étrange s’engage entre eux ; pour le gagner, Benacth ira jusqu’à trahir. Mais que trahit-il ? Sa noblesse ou le peuple des Araines ? Sa morgue ou son amour ? Dominique Viseux signe un roman d’une rare intensité, aux images fortes et aux dialogues incisifs.

O.J.Q. – Le Républicain Lorrain